Les relations économiques franco-indiennes d’hier à aujourd’hui
L’époque de la Compagnie des Indes et des Comptoirs
Les relations franco-indiennes datent du XVIIème siècle. Alors que les bases du commerce français avec les Indes orientales ont été posées par une compagnie de marchands de Rouen, Saint-Malo et Dieppe, grâce au monopole accordé par Henri IV en 1604, les premières implantations françaises sur les côtes du sous-continent indien n'apparaîtront qu'avec les compagnies commerciales d’Etat fondées par Richelieu puis Colbert. Si la première compagnie des Indes voit le jour en 1642 sous l’égide de Richelieu, la France se heurte toujours à la très puissante compagnie hollandaise, la Verenigde Oost-Indische Compagnie (VOC), créée en 1602. Ce n.est qu’en 1664, avec la création de la Compagnie française des Indes orientales de Colbert, que la France se tournera véritablement vers le commerce oriental et y cherchera à contrecarrer le monopole hollandais, en créant et administrant des comptoirs qui génèreront un trafic avec les marchés indiens. Les premiers comptoirs seront ceux de Boudouts-chery (1677), renommé Pondichéry par François Martin, Mazulipatam (fondé en 1687), Calicut (1701), Mahé (1723-1726), et Yanaon (1763). Les progrès et la prospérité croissante de Pondichéry n’étaient pas sans attiser jalousies et craintes de la part de nos rivaux européens, à l’origine de luttes franco-hollandaises (1693-1699) et franco-britanniques.
Si le gouverneur Dupleix (1742-1754) reprit la politique de bon voisinage de ses prédécesseurs Martin et Dumas, donnant ainsi à la France une influence décisive sur presque tout le Dekkan, et parvint, durant la guerre franco-britannique, à s’emparer de Madras, à sauvegarder Pondichéry, ses successeurs (Godeheu, 1754-1758 et Lally-Tollendal, 1758-1761) perdirent progressivement, lors de la Guerre de sept ans (1756-1763), tous les acquis de Dupleix, qu’ils soient territoriaux (Pondichéry en 1761) ou diplomatiques, assurant ainsi à la Couronne d’Angleterre la mainmise sur l’Inde. En vertu du Traité de Paris (10 février 1763), la France dut effectivement abandonner tous ses territoires à la Couronne, à l’exception de cinq comptoirs : Chandernagor, Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon. Alors qu'à son apogée la Compagnie française des Indes envisageait une implantation économique voire politique durable en Inde (au vu des succès de Dupleix), le Traité de Paris entérine son déclin. Rapidement, elle perdit son monopole (1769) et finit par disparaître définitivement sous le nom de Nouvelle Compagnie des Indes sous la Convention en 1794. Tandis que la Compagnie perdait de son influence, les établissements français subissaient toujours les contrôles successifs français et britannique au gré des batailles et des traités (Versailles en 1783, Amiens en 1802, Vienne en 1816). Querelles coloniales qui perdureront jusqu.au milieu du XIXème siècle, laissant définitivement à la France ses cinq comptoirs.
Conséquence des établissements français aux Indes, le XVIIIème siècle voit l’arrivée des premiers Indiens en France. Face à cette immigration novatrice, la Monarchie légiféra dès 1777, de sorte à renvoyer les immigrants aux colonies. En dépit de cette politique d’immigration, selon un recensement de l'époque, la capitale comptait officiellement une centaine d’Indiens, le plus souvent domestiques ou artisans spécialisés.
L’Indépendance : le temps de l’incompréhension
Tous ces facteurs évoqués, et en mouvance permanente, ont modelé jusqu.ici les relations franco-indiennes. Mais au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la donne change. C.est, en effet, avec une Inde nouvellement indépendante (15 août 1947) que la France doit désormais dialoguer. Si l’Inde nouvelle et la France partageaient beaucoup de valeurs, et semblaient être faites pour s’entendre, les relations avec la France n’étaient pas, d’une part une des préoccupations majeures de Nehru, et ces deux pays, d’autre part, se trouvaient pratiquement toujours de côtés politiquement différents. Alors que le contentieux le plus important entre les deux nations, le sort des cinq comptoirs français en Inde, aurait pu être résolu sans doute rapidement, la solution de cette question, coloniale pour l’Inde, sera négociée quinze ans plus tard et le Traité de cession est signé à Delhi en 1962, soit huit ans après l’accord de 1954 sur le transfert de facto. En effet, le rapprochement attendu entre les deux pays s.est vu sans cesse ajourné, non seulement par l’instabilité de la IVème République, par le peu d’importance stratégique et économique des comptoirs du côté français et les trois volets de la politique congressiste indienne : la non-violence de Gandhi ; le non-alignement du pays, même s.il se tourne vers les régimes socialistes (Moscou et Pékin) ; et la décolonisation (l’Inde est le chef de file des PED). Mais aussi par des événements extérieurs (le problème indochinois, la guerre d’Algérie, l’Affaire de Suez, le soutien indien aux pays d’Afrique du Nord - Maroc et Tunisie -, les relations indo-pakistanaises déplorables (statut du Cachemire), la détérioration des relations sino-indiennes qui rendaient difficiles les rapprochements politiques. Malgré tout, les relations franco-indiennes se développeront dans d’autres domaines, culturel, économique, nucléaire.) à des rythmes variés.
Le tournant des années1960
Finalement, le vrai rapprochement aura lieu avec la Vème République, durant laquelle la présidence gaullienne aura laissé une influence profonde sur la perception indienne de la France. Malgré tout, la France restera encore un partenaire économique mineur de l’Inde mais mieux présente dans les secteurs des échanges, non sans influence comme dans le domaine militaire et spatial, l.ingénierie informatique et technologique ou de prestige comme la mode et le luxe. La visite en Inde de M. Valéry Giscard d’Estaing en 1980 y a amplement contribué. Celle de François Mitterrand en 1982 a donné un nouvel élan aux relations en marquant un changement dans les contrats d’armement France-Pakistan, et France-Inde, ce qui a déclenché une meilleure ouverture de l’Inde à nos investissements.
Puis à partir de 1991 qui a vu l’engagement de l’Inde sur la voie de la libéralisation économique, les relations franco-indiennes ont reçu un nouveau souffle, accentué par la visite, en janvier 1998, de M. Jacques Chirac qui a relancé les bases d’un partenariat durable entre les deux pays et a véritablement fait infléchir positivement l’allure et l’entente dans nos relations. Depuis, « le forum d’initiative franco-indien » s.est tenu à sept reprises, la « Commission économique mixte » a eu en 1998 sa première réunion à New Delhi puis par la suite à deux reprises. Le dialogue stratégique entre la France et l’Inde s.est également considérablement renforcé après la crise des essais nucléaires en Asie du Sud, grâce, entre autres, à la position adoptée par la France sur le plan international (opposition aux sanctions) et à la désignation de représentants spéciaux.
Les échanges bilatéraux se sont intensifiés ces dernières années : visite du ministre indien des Finances (novembre 1998) ; visite du ministre de la Défense de l’Inde (janvier 1999) ; visite en France du ministre des Affaires étrangères indien (mai 1999) ; visite en Inde du ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie (novembre 1999) ; visite du ministre français des Affaires étrangères (février 2000) ; visite d’Etat en France 50 du Président de la République de l’Inde (avril 2000) ; visite en Inde du ministre français de la Défense (mai 2000) ; visites en Inde du ministre de l’Agriculture (octobre 2001) et du ministre délégué au Commerce extérieur (décembre 2001) ; visites du ministre français des Affaires étrangères en Inde et au Pakistan (août 2002) et du ministre délégué au Commerce extérieur (novembre 2002); visite du vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur indien (M. Lal Krishna Advani) ; visite officielle de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre (février 2003) qui a provoqué dans sa foulée une multiplicité de visites et de travaux interministériels bipartites, notamment avec les ministres chargés de l’économie, du commerce extérieur, de l’industrie, le plus souvent accompagnés de chefs d’entreprise de chacun des deux pays. Il a été remarqué que M. Jean-Pierre Raffarin avait consacré à l’Inde son premier voyage officiel hors d’Europe.
L’état des relations franco-indiennes actuellement
Le développement actuel des relations franco-indiennes s’inscrit dans le cadre défini lors de la visite d’Etat de Jacques Chirac en Inde, du 24 au 26 janvier 1998, qui a permis de donner une nouvelle impulsion aux relations franco-indiennes et de poser entre les deux pays les bases d’un partenariat stratégique durable. Celle-ci découle notamment de la volonté française de se rapprocher d’un pays naturellement appelé à jouer un rôle de premier plan avec un grand sens des responsabilités sur la scène internationale. C’est la raison pour laquelle la France soutient l’accès de l’Inde à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité et l’idée d’un ajustement en faveur de l’Inde du cadre de coopération internationale en matière de coopération nucléaire civil. La priorité attachée au renforcement de la relation entre les deux pays a été confirmée lors de la visite de Manmohan Singh à Paris le 12 septembre 2005 et du Jacques Chirac en Inde les 19 et 20 février 2006. Les deux pays se sont ainsi engagés à renforcer leur coopération bilatérale dans un large éventail de secteurs, notamment politique, économique, de la défense, spatial, de l’énergie nucléaire civile, de l’éducation et de la recherche, et à multiplier par deux leurs échanges économiques en cinq ans et d’accroître substantiellement les échanges dans les domaines scientifiques et universitaires. La visite en Inde du Président de la République en février 2006 a également été marquée par la signature d’un accord bilatéral sur la coopération dans le domaine de la défense.
Le développement des relations franco-indiennes se poursuit dans plusieurs enceintes. La principale est le dialogue stratégique qui réunit deux fois par an le Conseiller diplomatique du Président de la République et le Conseiller pour la sécurité nationale indien. Un haut comité pour la coopération de défense se réunit une fois par an. Une commission mixte se tient régulièrement. Plusieurs groupes de travail conjoints lui sont rattachés (énergie, transport, développement urbain ...). Il existe enfin un Forum d’Initiative Franco-Indien réunissant divers représentants de la société civile des deux pays (chefs d’entreprise, artistes, chercheurs ...).
(sources : rapport du Conseil économique et social, « Les relations économiques et culturelles entre la France et l’Inde », 2004 / site internet du gouvernement français, 2008)
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